C'était un dimanche d'été. Et Oui-oui avait eu chaud, ce jour-là.
Il marchait, tranquillement, dans la rue, quoiqu'un peu plus lentement que d'habitude. Farenheit et Celsius crièrent "Canicule !", et tous les villageois se terrèrent, attendant que l'orage passe. Mais Oui-oui et certains de ses amis n'entendirent pas.
Oui-oui avait choisit de porter sa cape sang, son bonet bleu ciel, ses chaussures carmins taille cinquante huit aux lacets bleus anthracite, sa fine écharpe jaune à poids rouge cerise, son sourire niais et sa voix fluette. Aujourd'hui, il souriait, parlait, répondait, comme hier, mais toujours sans se fâcher ni se plaindre.
Oui-oui ne changeait pas. Oui-oui n'était jamais malade. Oui-oui ne souffrait jamais de rien. Cependant aujourd'hui, en ce dimanche d'été, Oui-oui avait très chaud. Il respirait fort, trop fort. Seuls deux mots sur trois atteignaient son cerveau, ses poumons engloutissant le malheureux dernier. Tandis que Oui-oui persistait à voir un merveilleux monde, ce dernier, lui, passait son temps à changer. Mais personne ne le voyait assez bien pour pouvoir le dire.
Il y avait encore des villageois qui erraient sur les pavés. Oui-oui devait justement faire quelque chose pour eux aujourd'hui. On lui avait demandé d'aller chercher de l'eau, des glaçons, et des rafraichissements dans le canton voisin, car le soleil avait déjà tout sécher.
Oui-oui avait une belle voiture rouge, son "beau taxi".
Il roulait, et roulait encore. Le soleil se faisait lourd et chauffait la route. Le bitume rugissait et rougissait sous les coups de Maître Soleil.
Oui-oui se perdit, il faisait une chaleur à mourir. Et il transpirait, à grosse gouttes chaudes et collantes. Et voilà qu'il ne souriait plus. Oui-oui est pile-poil entre son village, et celui des voisins.
Et vlan, pom pom pom poummmffffff, sa voiture rouge grenade prend chaud, prend peur, s'enfume et s'étouffe. Et s'arrête, stopée nette par la panne...
Oui-oui, apeuré, crie à l'aide. personne ne l'entend plus, ni ne le voit: Oui-oui est seul, seul au monde. Il tente, mais en vain, de réparer son taxi. Il est trop loin de son village, et un voyage à pied serait risqué. Possible, toutefois. Oui-oui ne sait plus que faire. Il hallucine, sa vue se brouille, sa bouche sèche. Il pense alors que marcher pourrait être la solution. Oui-oui succombe à la panique, et croule sous l'hystérie.
Cependant il marche, court, piétine, et rampe encore.
Oui-oui a pris avec lui les deux bouteilles d'eau qu'il lui restait. Les deux seules bouteilles, pour un trajet si long...
L'eau s'évapore si vite que Oui-oui ne remarque pas qu'il ne lui reste qu'une demie-bouteille pleine. Sa folie use autant d'énergie que son pélerinage. Ses jambes flageolent, piétienent, se soutiennent péniblement, mais Oui-oui s'est trop vite épuisé...
Il abandonne son écharpe, retire ses chaussures, et jettent ses vêtements qui l'alourdissent.
A cours d'eau, à cours d'envie; même plus de larmes pour pleurer.
Oui-oui cède, tombe, chancèle, dévice, s'étouffe, lance un -dernier- crie d'appel, et décède, à quelque pas de sa vie.
Parceque Oui-oui est un homme, et que des Oui-oui comme ça, inconscients et perdus, il en existe des milliards.
C'était l'histoire de Oui-oui, un dimanche où il a fait chaud. Tant pis pour lui. Demain est un autre jour ; un autre Oui-oui prendra sa place.
Et nous, derrière une vitre, nous suons encore comme des gorets.
FIN.